Egalité filles-garçons à l’école : Créteil formera ses enseignants

Dès la ren­trée pro­chaine, 10 aca­dé­mies expé­ri­men­te­ront le dis­po­si­tif « ABCD de l’égalité », mis en place par le minis­tère de l’éducation natio­nale en col­la­bo­ra­tion avec le minis­tère des droits des femmes. Objectif : lut­ter contre les sté­réo­types sexués à l’école. Entretien avec Patrick Bacry, en charge de la mis­sion Egalité filles-garçons dans l’académie de Créteil. (source)

En quoi consiste le pro­gramme « ABCD de l’égalité », qui sera expé­ri­menté notam­ment dans l’académie de Créteil à par­tir de septembre ?

Il s’agit de décons­truire les sté­réo­types filles-garçons, qui régissent la société tout entière. L’école n’est que le récep­tacle du pro­blème mais les ensei­gnants jouent un rôle impor­tant. Ils peuvent incons­ciem­ment contri­buer à entre­te­nir cer­tains cli­chés. Ainsi, en matière d’orientation, les filles sont par exemple sous-représentées dans les métiers de l’informatique et dans les écoles d’ingénieurs alors qu’elles sont très nom­breuses à suivre des études médi­cales. L’objectif est de chan­ger de dis­cours pour ne fer­mer aucune porte. Cette ini­tia­tive « ABCD de l’égalité » inter­vient dans un contexte favo­rable : la conven­tion inter­mi­nis­té­rielle  pour l’égalité entre les filles et les gar­çons a été signée en février pour la période 2013–2018. Le gou­ver­ne­ment a égale­ment décidé de nom­mer un haut fonc­tion­naire à l’égalité des droits dans chaque minis­tère. Et, au niveau euro­péen, des recom­man­da­tions ont aussi été faites, et des cam­pagnes menées  sur l’accès des filles aux filières scientifiques.

Quelle forme pren­dra ce dispositif ?

Toutes les écoles ne par­ti­ci­pe­ront pas à l’expérimentation. Néanmoins, rien que dans l’académie de Créteil, envi­ron 150 classes s’inscrivent dans le pro­jet. Les ins­pec­teurs du 1er degré, les conseillers péda­go­giques de cir­cons­crip­tion et les pro­fes­seurs des écoles seront for­més et accom­pa­gnés au cours de l’année sco­laire 2013–2014. Il s’agit de les sen­si­bi­li­ser pour que les filles et les gar­çons soient trai­tés sur un pied d’égalité dès l’école mater­nelle. À cet effet, le CNDP, par­te­naire du dis­po­si­tif, met­tra en ligne des outils et des docu­ments acces­sibles à tous les for­ma­teurs et ensei­gnants concernés.

Quel est le besoin de pro­vo­quer une prise de conscience chez les enseignants ?

Il n’est en aucun cas ques­tion de par­tir en croi­sade contre les pra­tiques des ensei­gnants mais au contraire de favo­ri­ser une réflexion sur celles-ci. Beaucoup n’ont pas, ou très peu, entendu par­ler de cette ques­tion de l’égalité au cours de leur for­ma­tion ini­tiale. Et, sans en avoir conscience, ils peuvent adop­ter des atti­tudes et avoir des attentes dif­fé­rentes avec leurs élèves filles et gar­çons, consi­dé­rer dans leurs anno­ta­tions qu’un gar­çon « peut mieux faire » alors qu’une fille, elle, « fait tout son pos­sible ». Une dif­fé­rence de trai­te­ment à laquelle il s’agit d’être attentif.

Par quels moyens concrets, les ensei­gnants peuvent-ils agir ?

Ils peuvent par­fois revoir l’organisation de la classe et la répar­ti­tion phy­sique des élèves. Des situa­tions éton­nantes sont obser­vées par les cher­cheurs : il est inté­res­sant de se ser­vir de leurs grilles d’observation pour bâtir un sys­tème plus égali­taire. Les pro­fes­seurs des écoles peuvent ainsi dis­tri­buer dif­fé­rem­ment la parole en classe, en veillant à avoir la même atti­tude selon qu’il s’agit d’une fille ou d’un gar­çon. Dans les ensei­gne­ments dis­ci­pli­naires, on peut s’attacher à redon­ner leur place aux femmes par­fois « oubliées » par les manuels. Enfin, dans la cour de récréa­tion, les ensei­gnants peuvent égale­ment influer sur son orga­ni­sa­tion, et par exemple favo­ri­ser les jeux col­lec­tifs, comme le foot­ball, entre les filles et les garçons.

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